Tribune : Plaidoyer pour un rapprochement entre culture et ESS

La culture et l’économie sociale et solidaire partagent des caractéristiques et des valeurs communes. Dans cet article, nous revenons sur les éléments de rapprochement et essayons de proposer des pistes de réflexion en nous basant sur nos recherches et lectures.

Des spécificités mais des identités pourtant proches

Les industries culturelles et créatives et l’économie sociale et solidaires, partagent de nombreuses choses. En effet, si ces deux secteurs ont à priori rien à voir, à y mieux regarder, des liens déjà existants entre ces deux secteurs. Hervé Defalvard, auteur de “Culture & économie sociale et solidaire” dressait dans ce livre un état des lieux des liens déjà existants entre ces deux secteurs, questionnait ces deux secteurs et mettait en lumière les enjeux et réfléchissait à des pistes pour leur coopération.

Ce livre constitue une contribution importante pour le rapprochement entre culture et ESS. Par ailleurs, il permet aux personnes intéressées par les valeurs coopératives et les alternatives économiques, et notamment aux acteurs associatifs, culturels, des politiques publiques, de l’ESS, d’avoir une meilleur perspective des enjeux sur cette question.

Que partagent concrètement la culture et l’économie sociale et solidaire (ESS) ?
Si le lien entre les deux domaines ne sautent pas forcément aux yeux, de prime abord, force est de constater qu’il s’agisse de leur rapport aux institutions ou de leur ancrage dans les territoires, ces domaines partagent des enjeux communs et leur rapprochement semble indispensable, pour les uns comme pour les autres. Cet état de fait, c’est également le sens d’un rapport, relayé sur “La Gazette des communes”, qui évoquait la nécessité d’un rapprochement rapide entre les deux secteurs.

Le rapport mettait également en valeur le fait que ce rapprochement était même une condition dans la perspective d’assurer la survie et le développement des microstructures associatives culturelles. Ce même rapport présentait les traits communs des deux secteurs tels que :

  • « nourrir la démocratie, concourir à l’émancipation des personnes ;
  • produire du commun ;
  • concilier développement économique et utilité sociale ;
  • porter attention aux nouveaux enjeux de société : aspiration à une participation plus active des citoyens à la vie et aux décisions publiques, nécessité de lutter contre l’aggravation des inégalités ;
  • garantir les droits culturels et le vivre ensemble ;
  • soutenir l’innovation et la création sous toutes leurs formes ;
  • garantir une gestion collaborative des projets des établissements ;
  • ouvrir les entreprises, les lieux de production et de diffusion à la société civile ;
  • ancrer l’action dans son territoire ;

Nous partageons cette vision que la culture et l’ESS partagent les principes du faire de façon collaborative. Cet esprit de réalisation collective doit constituer le moteur du monde de demain, il doit s’inscrire comme un engagement.

La crise du Covid-19 démontre l’urgence de créer de nouveaux modèles

La crise du Covid-19, en plus d’être une crise sanitaire majeure, s’est révélée être un révélateur des dysfonctionnements dans plusieurs secteurs mais notamment celui du secteur culturel. En Avril 2020, au plus fort de la crise du Covid-19, 130 ministres ont appelé à soutenir le secteur culturel dans la réponse à la crise sanitaire. Cet appel, démontre à quel point le secteur culturel, déjà fragilisé, se trouve confronté à une crise majeure.Cette crise a mis en exergue la faiblesse de certains modèles trop dépendants des subventions, qui sans soutiens, ne peuvent pas survivre.

En effet, les acteurs du secteur culturel sont à un tournant, qu’ils doivent impérativement négocier, car cela une question de survie. Ce tournant doit s’envisager comme une opportunité, celle de s’adapter en créant de nouveaux modèles en s’appuyant sur les valeurs portées par l’ESS. Ce renouveau des modèles doit préserver les valeurs fondatrices d’intérêt général et de coopération.

Créer des entreprises culturelles d’intérêt général

Désormais, pour les entreprises culturelle comme pour celles de l’ESS la nécessité absolue est de parvenir à concilier intérêt général et réalisme économique. Par réalisme économique, nous entendons le fait de créer des activités qui génèrent des revenus et qui ne nécessitent pas forcément de passer par des financements publics pour garantir sa survie économique. Toutefois, cette exigence de trouver l’équilibre entre réalisme économique et intérêt général doivent se faire de façon raisonnée.

Au cours des dernières années, l’évolution générale du contexte économique a compliqué la transition des entreprises culturelles et de l’ESS qui, par nécessité économique, ont dû délaisser la vision émancipatrice portée par les principes et valeurs de l’ESS au profit d’une visée marchande et économique. L’exigence de co-création, de faire collectivement, qui de fait, impose une excellence éthique, a été laissé de côté et dévalorisée au motif d’une instrumentalisation sociale des principes fondateurs de l’ESS et de la culture.

Les tiers-lieux peuvent servir ce rapprochement

Nous le disions dans un autre article, nous croyons que les tiers-lieux jouent et ont un rôle décisif à jouer dans la transformation des territoires dans le sens où ils contribuent à la création de liens. Les tiers-lieux, par leur identité, leur nature hybride peuvent participer largement a cet effort de rapprochement notamment en le facilitant et en le transformant en actes concrets. Par exemple, en organisant des ateliers, des conférences, des événements, en produisant des contenus permettant de simplifier la coopération. Ces espaces peuvent servir d’écrin à ces rapprochements en lui donnant un ancrage territorial.

_____

Pour aller plus loin :